En tant que deuxième plus grand pays d’Europe, l’Ukraine possède une variété de ressources minérales, notamment du pétrole, gaz naturel, ainsi que du charbon. En raison de sa population élevée et une consommation énergétique élevée, elle fait office d’un des plus grands marchés énergétiques d’Europe (IEA, 2019). Elle est aussi actuellement le plus grand pays de transit de gaz naturel au monde. En ce qui concerne la transition vers une économie décarbonée l’Ukraine dispose d’un important potentiel hydroélectrique et de biomasse, ainsi que la possibilité de développer d’autres sources d’énergies décarbonées comme le solaire, l’éolien, et le nucléaire. Malgré cela, l’Ukraine reste fortement dépendante des importations d’énergies vis-à-vis de son voisin Russe, son système énergétique est très inefficace, et elle est confrontée à des difficultés de régulation prononcés. Ce rapport analyse l’état du mix énergétique actuel de l’Ukraine et les défis auxquels elle est confrontée afin d’évaluer ses perspectives dans un avenir à faible émission de carbone malgré un tableau qui semble aller dans le bon sens avec des émissions de CO2 de entre 2010 et 2020 ayant diminuées de près de 50%, passant de 266 Mt CO2 à 170,4 Mt CO2 (IEA, 2019).

L’article est également disponible en anglais au lien suivant –>Ukraine’s energy mix and its potential to move towards a low carbon future

1. Histoire

1.1 Libéralisation et indépendance

L’histoire moderne de l’Ukraine est fortement marquée par des épisodes de domination étrangère jusqu’à la dislocation de l’URSS en 1991, permettant la formation d’un État démocratique souverain et durable selon la norme occidentale (IEA, 2019). Leur indépendance a représenté le début de l’ouverture des frontières et de la libéralisation économique, qui ont permis le développement rapide de l’Ukraine entre 2000 et 2007 ; la croissance de son PIB était l’une des plus élevées de la région européenne (IEA, 2019).

1.2 Dépendances historiques

Cependant, en raison de la proximité territoriale avec la Russie, celle-ci continue d’exercer une influence majeure sur sa santé économique et sa stabilité politique. L’année 2004 a été marquée par un mouvement de désobéissance civile, dû à une possible élection frauduleuse et au mécontentement dû au faible dynamisme dans la transformation économique et politique du pays (Guillemoles, 2005). Cet événement a conduit à l’élection du candidat pro-occidental, Viktor Loutchenko, à la président du pays, dont parmi les objectifs, figuraient de nouveaux partenariats avec l’Union européenne (Goujon, 2021). Cet événement a également conduit à des sanctions imposées par le régime russe ; pour la première fois, ils ont interrompu leurs exportations de gaz naturel vers l’Ukraine (image ci-dessous), soulignant l’influence continue de la Russie sur l’Ukraine en termes d’approvisionnement énergétique (Ukrstat, 2021).

Source: Ukrstat, 2021

Après 2007, l’instabilité politique et la détérioration des tendances macroéconomiques dues à la crise financière mondiale de 2007-2008 ont fortement affecté la capacité de l’Ukraine à se développer davantage. En 2009, le pays est entré en récession pour la première fois depuis son indépendance, et ne s’en est jamais totalement remis. L’Ukraine est entrée dans une deuxième période de récession entre 2012 et 2015. Ces deux crises financières s’expliquent par la forte exposition de l’Ukraine aux marchés étrangers, qui a provoqué, selon l’IEA (2019), une insuffisance des investissements en capitaux, une baisse de la demande d’acier, des prix élevés des importations d’énergie mais aussi une forte instabilité politique.

1.3 La révolution de la dignité – un tournant pour le développement de l’Ukraine

Le renversement de Viktor Ianoukovitch de la présidence en 2014, connu sous le nom de révolution de la dignité, a entraîné une perte de 20% du PIB et une chute de 60% de la Hryvnia en plus de plusieurs autres sanctions de la Russie (Linklaters, 2021). Elle a également entraîné des pertes territoriales en raison de l’annexion de la Crimée par la Russie (une zone stratégique clé pour l’échange de pétrole) ainsi que de fortes perturbations dans la région du Donbass où les forces ukrainiennes sont engagés dans un conflit contre des séparatistes pro russes qui se poursuit encore à ce jour (Goujon, 2021). La plupart des ressources en charbon sont situées dans le Donbass, ce qui a affecté la production énergétique ainsi que la production d’acier (Enquête. L’embarrassante filière du charbon du Donbass, 2016). La production d’acier a en effet chuté de 40 % au cours de cette période (Crude Steel Production, 2021). Si le désinvestissement forcé du charbon peut être considéré comme une bonne chose pour l’environnement, la production d’acier est un outil nécessaire au développement des infrastructures dans l’éventualité d’une économie décarbonée.

Cependant, cette nouvelle situation a permis à l’Ukraine de nouer de nouveaux partenariats avec l’UE via le programme de développement EU4energy ainsi qu’une plus grande reconnaissance d’institutions internationales comme le FMI, qui lui a accordé plusieurs milliards de dollars entre 2014 et 2020 en échange de plusieurs réformes structurelles comme la libéralisation du prix du gaz naturel (Ukraine, 2021).

2 LE MIX ÉNERGÉTIQUE DE L’UKRAINE

2.1. Le profil énergétique de l’Ukraine en un coup d’œil

L’Ukraine produit tous les combustibles fossiles ; pétrole, charbon, gaz naturel et pétrole brut, mais son offre est insuffisante pour répondre à la demande énergétique totale (IEA, 2019). Cette situation est liée aux niveaux de consommation extrêmement élevés de l’Ukraine ; elle est considérée comme l’un des principaux consommateurs d’énergie par l’IAE. L’intensité énergétique du PIB en parité de pouvoir d’achat (PPA) est extrêmement élevée à 0,25 tonne d’équivalent pétrole (tep) pour mille USD, soit plus du double de la moyenne mondiale (0,11 tep/1000 USD) (IEA, 2019).

Cela dit, près de 65 % de la demande totale d’énergie de l’Ukraine est couverte par la production nationale. Cela est principalement dû à la présence d’énergie nucléaire ; l’Ukraine est le septième producteur mondial de nucléaire, plus de la moitié de l’électricité du pays étant produite grâce à celle-ci (IAE, 2019). En outre, le mix énergétique de l’Ukraine est relativement diversifié, chaque type de combustible ne représentant pas plus de 30% du mix énergétique. Malgré cela, les énergies renouvelables ne représentent que 5% du mix énergétique en 2018, et 9 % de la production d’électricité (IEA, 2019).

Le mix énergétique de l’Ukraine :

Type d’énergie utiliséegCo2eq/ kWh (électrique) pour usage direct (IPCC 2014)2010 production énergétique en TJ2010 en % de la production énergétique  2019 Production d’énergie en TJ2019 en % de la production d’énergie  Évolution de la production énergétique 2010-2019
Charbon8201 597 19428.7%↓1 091 735↑29.3%-32%
Gaz naturel4902 313 20541.7%↓978 988↓26.3%-58%
Nucléaire12978 98017.6%↓911 525↑24.5%-7%
Hydroélectrique2447 3470.9%↓23 430↓0.6%-51%
Vent, solaire, etc.-Solaire : 41-48 -Éoliennes :11 -Géothermie : 381840%↑17 831↑0.5%+9591%
Biocarburant23066 8621.2%↑140 215↑3.8%+110%
Pétrole704 (ADEME,2013)551 7629.9%↑564 186↑15.1%+2%
TotalN/A5 555 534100%3 727 910100%-33%

Source: (IEA, 2019), (IPCC, 2014) and (ADEME, 2013)

2.2. Évolution actuelle des énergies renouvelables

Bien que les énergies renouvelables ne représentent qu’un faible pourcentage du mix énergétique ukrainien, elles connaissent une croissance rapide, comme le montre le tableau ci-dessus. Ces énergies renouvelables comprennent, entre autres, les biocarburants, les éoliennes et les panneaux solaires, ce qui a permis de réduire légèrement l’intensité en CO2 du mix énergétique de 5%, passant de 84,2 à 80 tonnes de CO2 / TJ au cours de la période 2010-2019 (IEA, 2019). Cependant, s’il est vrai que des avancées ont été réalisées dans le secteur des énergies renouvelables, les combustibles fossiles continuent de constituer la majorité de l’approvisionnement énergétique en Ukraine.

3 Défis

Depuis l’indépendance, la situation énergétique de l’Ukraine a été caractérisée par deux problèmes principaux. Premièrement, la dépendance du pays vis-à-vis des sources d’énergie importées, en particulier de la Russie, et deuxièmement, ses faibles niveaux d’efficacité énergétique. En outre, l’Ukraine a rencontré des difficultés pour mettre en œuvre certains règlements et lois en vigueur et pour disposer d’un régulateur compétent pour le marché de l’énergie.

3.1 Dépendance

Malgré la forte dotation de l’Ukraine en ressources naturelles et la croissance du secteur des énergies renouvelables, la demande nationale dépasse largement l’offre ; il existe un déficit énergétique d’environ 35 %, couvert par les importations (IEA, 2021). Comme le montre le tableau ci-dessous, la dépendance énergétique totale de l’Ukraine est l’une des plus élevées de la région d’Europe centrale et orientale (ECO).

 Dépendance totale de l’Ukraine à l’égard des importations d’énergie dans une perspective comparative (en pourcentages)

Source: Energy in Europe, 2001. Available at www.iea.org/statist/key2003.pdf.

Ce problème de déficit énergétique est exacerbé par la faible diversification dans les importations d’énergie. Il est largement admis que la diversification énergétique est assurée par la réception d’approvisionnements énergétiques provenant de trois sources géographiques différentes (Balmaceda, 2004). Cependant, l’Ukraine dépend fortement d’une seule de ces sources, la Russie, pour une grande partie de ses importations d’énergie. 

3.1.1 Le pétrole

Le système de raffinage ukrainien date de l’ère soviétique, et l’Ukraine ne disposerait que de stocks de pétrole relativement faibles. De plus il n’existe aucune législation sur l’approvisionnement d’urgence en pétrole qui réglementerait l’utilisation des stocks stratégiques de pétrole en cas de rupture d’approvisionnement (IEA, 2020). La capacité totale du système de raffinage dépasse largement la demande en produits pétroliers et, par conséquent, l’Ukraine satisfait la quasi-totalité de sa demande en pétrole via ses importations. En 2018, le bilan énergétique de l’Ukraine souligne que la consommation finale totale de produits pétroliers était de 10 599 milliers de tonnes d’équivalent pétrole (ktep), tandis que les importations de produits pétroliers étaient de 10 365 ktep (IEA, 2019).

Selon les estimations du Service fiscal de l’État (SFS), en 2018, le coût des importations de produits pétroliers s’est élevé à 5,5 milliards USD (IEA, 2019). Les données du SFS soulignent également que 38,7 % des produits pétroliers ont été importés du Bélarus, 37,3 % de Russie, 10,3 % de Lituanie et 14,2 % d’autres pays en 2018. En raison du fait que les raffineries biélorusses dépendent du pétrole brut provenant de Russie, la forte dépendance de l’Ukraine aux importations de pétrole amplifie le risque de pénurie d’approvisionnement en produits pétroliers si la Russie décide d’induire une crise sur le marché pétrolier ukrainien (IEA, 2019).

3.1.2 Gaz

Historiquement, l’Ukraine recevait la majorité de ses importations de gaz naturel de la Russie. Cependant, à la suite de l’annexion de la péninsule de Crimée par la Russie, l’Ukraine a cessé d’importer du gaz naturel directement de la Russie et a remplacé ses importations par du gaz naturel provenant d’autres pays européens. Malgré cela, encore une fois, des quantités importantes de gaz naturel importées d’Europe ont pour origine la Russie et se frayent un chemin vers l’Ukraine par des flux inversés en provenance des pays d’Europe centrale et orientale (Cohen, 2019).

En outre, l’Ukraine reste dépendante de l’entreprise russe Gazprom, une multinationale de l’énergie dont le siège se situe en Russie, pour les frais de transit du gaz naturel. L’Ukraine est la principale voie de transport de la Russie pour le gaz naturel à destination de l’Europe et reçoit 3 milliards USD de revenus annuels, ce qui représente environ 2,5% de son PIB (Cohen, 2019). Cette situation pourrait changer avec Nordstream 2, un projet visant à transporter le gaz naturel directement de la Russie vers l’Allemagne à travers la mer Baltique, ce qui permettrait pour la Russie de contourner l’Ukraine (White, 2020), soulignant davantage la nécessité pour l’Ukraine de réduire sa dépendance aux frais de transit du gaz.

3.1.3 Charbon et uranium

En outre, l’Ukraine dépend des importations russes pour deux produits de base du secteur énergétique ukrainien ; plus de 64 % du charbon ukrainien et 55 % de son uranium enrichi (Cohen, 2019). En particulier, l’Ukraine a commencé à dépendre de plus en plus de ses importations en charbon. En 2019, près de la moitié (45 %) du charbon consommé en Ukraine était importé, soit une augmentation de 27 % par rapport à 2010. En 2020, 70 % des importations de charbon de l’Ukraine provenaient de Russie, suivies du charbon des États-Unis à 20 % et du Kazakhstan à 8 % (IEA, 2021).

3.2 Questions relatives au secteur énergétique national

Outre les problèmes de dépendance, l’Ukraine possède un système de production énergétique inefficace et une intensité énergétique de sa consommation élevée (Balmaceda, 2004).

Le système de production d’énergie ukrainien est obsolète ; 54% des gazoducs ont été construits pour être utilisés pour une période de plus de 25 ans et ont désormais 21 ans ou plus, et le fait qu’ils ne soient ni réparés ni remis à neuf augmente le risque d’accident (Balmaceda, 2004). En outre, les unités de pompage de gaz par gazoduc sont inefficaces et en mauvais état, ce qui signifie que la quantité de gaz nécessaire pour pomper le gaz dans les gazoducs augmente (Balmaceda, 2004). Ceci est mis en évidence par le fait qu’en 2001, près de 10% de la consommation annuelle de gaz de l’Ukraine était utilisée uniquement à cette fin (Balmaceda, 2004).

En outre, l’efficacité énergétique de l’Ukraine reste faible. En témoigne le fait qu’elle présente l’un des niveaux d’intensité énergétique (consommation d’énergie par unité de PIB) parmi les plus élevés au monde (IEA, 2020). Ce chiffre a même augmenté de près de 50 % entre 1991 et 1999 (Balmaceda, 2004). Par conséquent, malgré une population de moins de 50 millions d’habitants, l’Ukraine est le 7ème plus grand consommateur de gaz au monde, avec une consommation annuelle totale de 75-78 milliards de mètres cubes par an (IEA, 2021).

3.3 Taxe carbone

L’Ukraine a actuellement un prix du carbone parmi les plus bas au monde (0,36 USD/TCO2) (Carbon Pricing Dashboard., 2021), et les instruments de la taxe carbone n’ont pas été un objectif central du gouvernement ukrainien. Cette situation résulte de plusieurs facteurs. Tout d’abord de la composition du mix énergétique ukrainien qui repose largement sur les combustibles fossiles, d’un système de production énergétique très inefficace, et de la crise sanitaire actuelle du Covid-19.

L’industrie charbonnière ukrainienne représente environ 30% du mix électrique du pays, et constitue la principale source d’émission de CO2 et de pollution atmosphérique. Par conséquent, le risque d’appliquer des prix du carbone plus élevés augmenterait considérablement le coût de production de l’énergie et son coût pour les particuliers. Cependant, le maintien de la situation actuelle n’est pas non plus viable économiquement. La production de charbon est coûteuse, avec 29 mines de charbon contrôlées par l’État sur 33 non rentables (Ukraine et UE : vers un partenariat de décarbonisation, 2019), une faible efficacité énergétique et une dépendance aux importations. Ainsi, l’intensité énergétique et carbone du PIB est trois fois plus élevée que celle de l’OCDE et de l’UE en moyenne. En  2016, l’Ukraine affichait les taux de mortalité dus à la pollution atmosphérique par habitant les plus élevés au monde, jusqu’à 66 000 personnes chaque année.

3.4 Défis réglementaires

Au cours des dernières années, la législation ukrainienne relative aux marchés de l’énergie a été rationalisée conformément aux engagements d’adhésion au traité de la Communauté de l’énergie afin de répondre aux obligations imposées par l’Accord de Paris, ratifié par la Verkhovna Rada (plus haute juridiction ukrainienne) en 2016, et par l’Union européenne en général (IEA, 2015).

L’un des principaux défis de l’Ukraine en matière de réglementation est la faible ouverture à la concurrence jusqu’aux évolutions récentes. Les marchés de l’électricité, du gaz naturel, et de la chaleur étaient des marchés fermés jusqu’à récemment, où les entreprises de production vendaient leur électricité à un seul opérateur, l’entreprise publique Energorynok, jusqu’au début de la libéralisation du marché de l’électricité en 2019. Depuis, le marché de l’électricité est sous un contrôle réglementaire strict (Low Carbon Ukraine), mais comme ce marché est encore nouveau, il y a un manque de personnes compétentes pour assurer l’application de la régulation, NEURC (Supponen, 2021).

Un autre défi majeur pour l’Ukraine est le manque de transparence, les informations sur les produits et les prix sont difficilement accessibles afin de prendre des décisions de manière précise et efficace (Supponen, 2021). L’Union européenne a établi le règlement sur l’intégrité et la transparence des marchés de gros de l’énergie (règlement (UE) n° 1227/2011, ” REMIT “) en 2011 afin de soutenir une concurrence ouverte et équitable dans l’Union européenne. En 2020, le ministère de l’Énergie de l’Ukraine a annoncé qu’il mettrait en œuvre REMIT dans le cadre de sa législation au cours de l’année 2021 (CMS, 2020). Mais cela n’a pas encore eu lieu. Tant que REMIT n’est pas mis en œuvre en Ukraine, il n’y aura pas de réglementation dans le domaine des délits d’initiés et des manipulations de marché, ce qui fait de l’Ukraine un choix d’investissement peu attractif au sein de l’Union européenne.    

L’accord d’association avec l’UE est devenu une partie de la législation nationale en 2014, ce qui a conduit à ce que les lois ukrainiennes soient plus similaires aux lois de l’UE qu’auparavant, notamment en ce qui concerne les politiques en matière d’efficacité énergétique, d’énergie renouvelable, de taxation des produits énergétiques, de traitement des déchets et de changement climatique (United Nations Climate Change, 2017). Par conséquent, en 2017, l’Ukraine a approuvé une stratégie énergétique nationale : “Sécurité, efficacité énergétique, compétitivité” jusqu’en 2035, qui stipule pour la nouvelle structure des besoins énergétiques en Ukraine. Conformément à la stratégie susmentionnée, d’ici 2035, le mix énergétique ukrainien devrait être composé de 50% d’énergie nucléaire, 25% de sources renouvelables, 13% d’énergie hydraulique et le reste par des centrales électriques thermiques. Un autre objectif est de réduire de moitié la consommation énergétique de l’Ukraine jusqu’en 2030 (State sites of Ukraine, 2017).

3.5 Sanctions

Depuis mars 2014, le Conseil de l’UE a adopté des sanctions en réponse à l’annexion illégale de la Crimée par la Russie. Ces mesures comprennent, entre autres, une interdiction d’importation de marchandises en provenance de Crimée et de Sébastopol et des restrictions sur le commerce et les investissements liés à certains secteurs économiques et projets d’infrastructures, notamment dans le secteur pétrolier (COUNCIL REGULATION (EU) No 833/2014). Le statut de la Crimée étant toujours débattu, ces sanctions pourraient ne pas être pertinentes puisqu’elles visent la Russie, mais il convient de mentionner qu’aucun projet dans le secteur pétrolier ne peut être réalisé en Crimée sans risquer de violer les sanctions imposées par l’UE.

4 PERSPECTIVES D’AVENIR POUR L’UKRAINE

4.1 Un avenir fondé sur les énergies renouvelables

Comme nous l’avons souligné dans les sections précédentes, les principaux défis liés au bouquet énergétique de l’Ukraine comprennent une dépendance continue vis-à-vis de la Russie, un système énergétique très inefficace et des problèmes de réglementation. Malgré la dépendance envers la Russie, des évolutions ont permis de réduire ses importations d’énergie russes. Par exemple, en 2015, elle a cessé d’importer du gaz naturel directement de Russie (Dickinson, 2020). Au lieu de cela, les exportations américaines de gaz naturel liquéfié ont fourni à l’Ukraine une alternative au gaz russe (Dickinson, 2020). Cependant, ces alternatives se sont avérées à la fois plus coûteuses et plus intenses en carbone (Joly & Mossé, 2021). En outre, selon l’Agence internationale de l’énergie (2020), l’Ukraine cherche activement à réduire sa dépendance aux importations de gaz tout en diversifiant simultanément ses sources et ses voies d’approvisionnement. Le gouvernement a mis en place plusieurs mesures d’urgence afin de réduire la demande de gaz, d’augmenter la production nationale et d’étendre les capacités d’importation en flux inversé à partir de marchés européens plus compétitifs (IEA, 2020). Cependant, il est clair que des mesures plus audacieuses sont nécessaires pour améliorer considérablement la sécurité d’approvisionnement du pays.

Une opportunité évidente pour l’Ukraine est de passer du système dysfonctionnel actuel à un système reposant sur les énergies renouvelables. Cette transition réduirait la dépendance de l’Ukraine vis-à-vis des importations russes de gaz, de charbon et d’uranium, ce qui améliorerait considérablement la sécurité de l’approvisionnement énergétique du pays.

L’Ukraine a déjà fait des pas dans la bonne direction. On constate notamment une tendance à la baisse de l’utilisation du charbon et une augmentation du nucléaire et de l’hydroélectricité de son mix énergétique entre 2010 et 2019 (IEA,2020).

4.2 La transition vers une nouvelle base conceptuelle

Les changements récents dans le mix énergétique ukrainien indiquent que le gouvernement vise à stimuler la production d’énergie renouvelable et à réduire la dépendance aux importations d’énergies. Afin de résoudre leurs problèmes de dépendance et d’inefficacité énergétique, l’Ukraine doit effectuer une transition vers une nouvelle base conceptuelle – avec des fondements dans les énergies renouvelables, par l’innovation technologique, et avec un potentiel d’économie d’énergie net (Beckman, 2016). Cela pourrait ressembler au changement de politique allemand vers les énergies renouvelables, l’un des cas de transition énergétique les plus connues du 21e siècle (Schöning & Zubaka, 2018). Cette transition énergétique est tout à fait applicable au cas de l’Ukraine, car la principale motivation du changement énergétique allemand était le souhait des communautés de maximiser l’autosuffisance énergétique et de devenir indépendantes des grands services publics (Schöning & Zubaka, 2018). L’histoire allemande présente des similitudes avec celle de l’Ukraine, dont les principaux défis consistent à retrouver l’indépendance de leur approvisionnement énergétique et à améliorer l’efficacité énergétique.

De nouveaux partenariats avec l’UE pourraient être déterminants pour réduire la dépendance de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie. Par exemple, Savitsky (2015) a souligné la possibilité pour l’UE et l’Allemagne de mettre en place un plan afin de pousser l’Ukraine vers une transition énergétique, plutôt que de garder son modèle économique de transit de gaz défaillant. Toutefois, cela ne résoudrait pas le problème en soi. En raison de la grande inefficacité du système énergétique ukrainien, la quantité d’énergie dépensée pour produire un dollar de PIB est trois fois supérieure à la moyenne de l’UE (Beckman, 2016). Cela signifie qu’il est nécessaire d’effectuer des rénovations majeures dans le parc d’infrastructures fournissant l’approvisionnement énergétique de l’Ukraine ; comme souligné plus haut, la plupart des infrastructures énergétiques ont été construites il y a des années voire la période soviétique. Alors que l’Ukraine se bat pour surmonter la récente crise Covid-19, elle doit également se concentrer sur le développement de percées technologiques à la fois dans le domaine de l’énergie et des infrastructures.

La transition énergétique peut être une opportunité pour l’Ukraine, l’objectif pourrait donc être de réduire considérablement sa consommation future de combustibles fossiles et d’atteindre une plus grande autonomie énergétique. L’Ukraine a déjà mis en place une stratégie nationale encourageant la production d’électricité d’origine solaire et éolienne, ainsi que les sources d’énergie décarbonées en général (Dickinson, 2020). Le pays devrait maintenant continuer à renforcer son engagement à faciliter l’adoption continue de ces sources d’énergie renouvelables. En effet, cette transition représente une réponse évidente aux problèmes énergétiques de l’Ukraine, tant en termes économiques qu’en termes environnementaux. Selon Beckman (2016), les prix des énergies renouvelables continueront à être stables, voire pourraient même diminuer, car il n’y a pas de coûts de carburant pour l’éolien ou le solaire et les coûts d’équipement continueront à baisser à mesure que la technologie s’impose. En revanche, le coût réel des combustibles fossiles continuera d’augmenter, notamment du fait de l’introduction de la taxe sur le carbone. Cela met en évidence le potentiel économique évident de la transition vers des énergie renouvelable en Ukraine. Selon Beckman (2016), cette transition nécessitera une coopération étroite entre l’UE et les groupes de la société civile ukrainienne afin de développer un programme économique pionnier basé sur une transition énergétique rapidement appliquée.

Le passage aux énergies renouvelables en Ukraine offrira une occasion pour résoudre la crise énergétique du pays, éviter tout conflit lié à l’extraction de combustibles fossiles et de mettre en place une infrastructure de sécurité énergétique coopérative. En canalisant ses sources d’énergies renouvelables, l’Ukraine sera en mesure d’accroître son indépendance tant sur le plan politique que sur le plan énergétique. Savitsky (2015) souligne que la crise énergétique de l’Ukraine peut être transformée en une opportunité, avec une vaste rénovation de leurs infrastructures et une mise en œuvre à grande échelle des énergies renouvelables, ce qui fournirait simultanément des emplois verts à travers le pays et deviendrait une base pour de nouveaux points de vue économiques en Europe de l’Est.

En outre, en ce qui concerne l’énergie nucléaire, il est vital de rénover les infrastructures afin de prévenir les menaces potentielles d’accidents et la propagation de matières radioactives. L’énergie nucléaire offre une alternative viable aux combustibles fossiles dans la mesure où elle produit moins de dioxyde de carbone. Cependant, comme nous l’avons souligné plus haut, les infrastructures restent très inefficaces en Ukraine car elles n’ont pas été rénovées depuis longtemps (Balmaceda, 2014).

Pour se conformer aux traités internationaux et par conséquent à ses émissions de GES, l’Ukraine doit encore fournir des efforts importants en matière de transition carbone et la taxe carbone pourrait être l’un de ses instruments pour y parvenir. Depuis 2018, le parlement ukrainien a ainsi voté une loi visant à augmenter lentement le prix du carbone chaque année (Policies & action, 2021), et discute actuellement de la mise en œuvre de nouveaux types d’instruments pour la taxation des émissions de carbone avec par exemple une taxation basée sur les carburants. Cependant, la crise Covid-19 a sévèrement impacté l’économie ukrainienne avec une baisse de 4% de son PIB en 2020 (Croissance du PIB (% annuel) – Ukraine, 2020), remettant en cause sa capacité à attirer des investissements dans son secteur énergétique (qui sont obligatoires pour sa transition bas carbone compte tenu de l’état de ses infrastructures), ainsi qu’un fonds de relance économique axé sur la stabilisation de l’économie et dont les mesures à court terme sont plutôt favorables aux combustibles fossiles.

En outre, en ce qui concerne la réglementation et les lois, l’Ukraine a déjà engagé de nombreux professionnels de la communauté universitaire et professionnelle dans des groupes de travail qui rédigeront de nouvelles lois et d’autres documents stratégiques liés au changement climatique (United Nations Climate Change, 2017). Les principales mesures que l’Ukraine doit prendre, afin d’attirer davantage d’investissements étrangers et d’être moins dépendant, en ce qui concerne la réglementation et les changements législatifs sont les suivantes (IEA, 2015) :

  • incorporation et mise en œuvre de certaines dispositions du traité de la Communauté de l’énergie dans la législation.
  • réforme des régimes du pétrole et du gaz naturel en amont.
  • diversifier les approvisionnements en gaz via des interconnexions avec les marchés européens et des flux de gazoducs inversés.
  • simplification du code fiscal pour soutenir les investissements dans le secteur de l’énergie.

5 CONCLUSION

En conclusion, les principaux problèmes énergétiques de l’Ukraine comprennent sa dépendance vis-à-vis de la Russie, son système énergétique hautement inefficace et des problèmes de gouvernance majeurs – caractérisés par la monopolisation et le manque de transparence. Malgré ces défis, l’Ukraine dispose d’un potentiel évident pour former de nouveaux partenariats avec l’UE afin d’accélérer sa transition vers une économie à faible émission de carbone, grâce à la mise en œuvre d’une nouvelle base conceptuelle. Cette base représente l’innovation technologique dans le secteur énergétique national et le développement net en matière d’énergies renouvelables. Cela va de pair avec le développement des infrastructures énergétiques décarbonées existantes, notamment les centrales nucléaires et hydroélectriques. Afin de réaliser cette transition à faible émission de carbone, l’Ukraine doit s’efforcer de devenir un choix d’investissement attrayant et de donner la priorité aux sources d’énergie bas carbone, en mettant en œuvre la réglementation REMIT dès que possible et en rédigeant et adoptant toutes les lois nécessaires à cette évolution.

En fin de compte, la capacité de l’Ukraine à basculer vers une économie décarbonée dépendra de sa capacité à trouver une indépendance énergétique qui lui fait défaut vis-à-vis de la Russie. Il s’agit là d’un impératif afin de garantir sa sécurité énergétique.

Contributeurs

Cet article est le fruit d’un travail de groupe organisé par des étudiants du MSc in Sustainable Finance de Kedge Business School pour un cours portant sur les marchés émergents.

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