Les fondements de la théorie

La théorie du Donut repose sur le constat que le modèle économique actuel n’est plus adapté. Rechercher une croissance infinie n’est pas viable : d’une part c’est complètement destructeur pour l’environnement et d’autre part cela ne répond pas aux objectifs de justice sociale.

Maintenant, tu peux te demander : comment répondre aux enjeux environnementaux et de justice afin d’orienter l’économie vers un développement durable et inclusif pour tous ? 

Et c’est exactement là que Kate Raworth intervient. En 2008, alors qu’elle travaille pour Oxfam, elle assiste à une présentation sur les enjeux actuels et futurs pour le développement des pays. Un diagramme y décrit 9 limites planétaires et le dépassement en cours des ressources planétaires. 

Elle s’inspire de ce diagramme pour concevoir un nouveau modèle économique, tenant compte des sciences naturelles pour montrer à l’économie jusqu’où elle peut ou ne peut pas aller. Ainsi, elle développe une nouvelle vision de l’économie qui prend en compte les 9 limites planétaires  (voir diagramme ci-dessous de l’étude de Rockström, Steffen…). 

Les limites planétaires font référence initialement à 9 (puis 10) processus naturels qui, ensemble, permettent et régulent la stabilité de la biosphère. La biosphère étant l’ensemble des écosystèmes. On ne doit pas franchir ses limites planétaires car on ne sait pas dans quel type de monde nous vivrons si tel était le cas. 4 ont certainement déjà franchi un seuil d’incertitude critique !  

Mais qu’en est-il de la justice sociale ? Comment l’économie du Donut en tient compte ? 

Raworth introduit des limites internes (« plancher social »), correspondant aux besoins humains essentiels pour une vie décente. Elle énumère 11 « nécessités » ou « dimensions de la vie », formant le plancher social : eau, nourriture, revenu, éducation, résilience, voix, emplois, énergie, équité sociale, égalité des sexes, santé.

Ainsi, la zone située entre le plafond environnemental et le socle social représente un espace sûr pour l’humanité, dans lequel une économie inclusive et durable peut prospérer. Cette zone prend alors la forme d’un donut. Voici, une représentation du modèle actuel, selon Raworth, qui observe que nos activités : 

  • Ne respectent pas les limites de la terre 
  • Ne répondent pas aux enjeux de justice sociale

Les 7 principes

Dans son livre, La Théorie du Donut, l’économie de demain en 7 principes, Raworth décrit 7 principes à implémenter dans la théorie économique classique afin de passer d’une vision obsolète à une vision moderne adaptée. Elle nous livre ainsi quelques pistes de réflexions.

Principe 1 – Changer le but : Se détacher de l’obsession économique autour du PIB

Le PIB ne mesure que la production économique, c’est-à-dire l’activité de production d’un pays, mais cet indicateur ne répond pas aux enjeux environnementaux et sociaux actuels.

Principe 2 – Avoir une vision globale : voir la situation dans son ensemble, du marché autonome à l’économie intégrée

L’économie néolibérale comme elle est présentée dans des diagrammes circulaires est trop limitée : elle a nourri l’idée que les marchés étaient efficients, que l’État était incompétent et a notamment mené à la tragédie des biens communs. On ne peut pas penser une économie décorrélée de la nature et de la société.

Fig 1 Diagramme des flux circulaires en économie standard
Fig 2 Vision pré analytique en économie écologique

Principe 3 – Cultiver une image de l’être humain plus riche : de l’homme économique rationnel à l’homme social adaptable

L’économie classique présente les hommes comme Homo Œconomicus : l’homme économique est rationnel, égoïste et attiré par l’argent. Des études ont montré qu’en décrivant l’homme comme tel, l’homme devient réellement Homo Œconomicus.

Le portrait de l’homme devrait tenir compte par exemple de nos capacités d’empathie, d’entraide, de coopération mais aussi que nos désirs et nos valeurs fluctuent dans le temps. De plus, il devrait tenir compte de notre environnement, montrer que nous sommes dépendants et intégrés aux systèmes naturels.

Principe 4 – S’initier aux systèmes : de l’équilibre mécanique à la complexité dynamique

Nous avons voulu faire de l’économie une science, et nous nous sommes retrouvés avec des modèles économiques non flexibles et biaisés. Notons que ce ne serait pas un problème si on n’y portait pas une confiance aveugle et qu’on acceptait les failles de nos modèles. Le problème est qu’on fait des théories à partir d’un fondement biaisé sans en tenir compte. Il est temps de voir l’économie comme un système, avec notamment ses effets boules de neiges (rétroactions) et ses points de ruptures.  La pensée économique ne doit pas rester statique mais doit intégrer les évolutions permanentes de notre monde. 

Fig 3 Exemple équilibre mécanique : Courbe de l’offre et la demande

Fig 4 Exemple de la pensée dynamique : The three vicious cycles of the for-profit company

Fig 5 Exemple de rétroaction

Principe 5 – Refuser la fatalité des inégalités et explorer la redistribution de la richesse 

La courbe de Kuznets, développée dans les années 50, suggère que les inégalités se réduisent “mécaniquement” grâce à la croissance de l’activité économique d’un pays. Cette théorie est aujourd’hui critiquée : on constate que les riches continuent de s’enrichir et les pauvres de s’appauvrir. Raworth nous invite désormais, non pas à percevoir les inégalités comme normales mais comme un échec du modèle économique actuel. 

Fig 6 Courbe de Kuznets

Principe 6 – Créer pour régénérer : de « la croissance va tout nettoyer à nouveau » à « régénérateur par conception »

Rien ne justifie que la croissance entraînera une amélioration de la qualité de l’environnement. La croissance nécessite de plus en plus de ressources et d’infrastructures qui nuisent à l’environnement. Par conséquent, nous devons penser à des processus circulaires plutôt que de juste produire, consommer et jeter.

Fig 7 Repenser l’économie : exemple “the Butterfly economy”

Principe 7 – Être agnostique en matière de croissance

Les politiques économiques actuelles recherchent à tout prix la croissance du PIB, mais à quoi bon ? Nous avons besoin d’économies dans lesquelles on s’épanouit, qu’elles croissent ou non.

Si un de ces principes ne te semble pas clair, n’hésite pas à visionner son explication par Kate Raworth en vidéo 🙂 

L’économie du beignet est déjà une source d’inspiration pour les politiques de villes comme Amsterdam, Copenhague, Bruxelles, Nanaimo, Philadelphie et Portland, mais nous sommes encore loin de voir ce modèle devenir la nouvelle norme.  Nous espérons que cela t’a inspiré à changer ton point de vue sur les modèles économiques actuels. 

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